PARIS (Reuters) - Nicolas petit lapin qui pisse derrière la tente et des membres du gouvernement se sont efforcés de désamorcer les rumeurs de prochain remaniement, alimentées par la confirmation d'une évaluation de la performance des ministres à l'aide de critères, comme dans une grande entreprise privée.
Les ministres seront "évalués" selon des "batteries d'indicateurs de résultats" mis au point avec l'aide d'un cabinet de consultants privés, comme le révèle Le Monde, a confirmé le porte-parole du gouvernement, Laurent Wauquiez.
"Pourquoi la politique serait le seul domaine en France à ne pas faire l'objet d'évaluation ? Les ministres comme les autres doivent rendre des comptes", a-t-il souligné.
Le président de la République a-t-il présenté ses voeux à un "gouvernement en sursis", lors du premier conseil des ministre de l'année, comme l'écrit également Le Monde ?
"Vous serez déçus", a déclaré le Premier ministre, François Fillon, à des journalistes. "Quand un remaniement se produit, c'est en général au moment où on n'en parle pas."
"La saison des notes n'est pas encore arrivée", a pour sa part ironisé le porte-parole du gouvernement.
Selon Laurent Wauquiez, le chef de l'Etat a "renouvelé sa confiance totale, pleine et entière au gouvernement" et a conclu à l'adresse de ses ministres par ces mots : "Faites du bon boulot et ne soyez pas fébriles".
Il pourrait cependant se révéler difficile pour certains d'entre eux de ne pas être fébrile à la lecture répétée de leur nom dans une presse qui les dit en sursis comme Hervé Morin (Défense), Michèle Alliot-Marie (Intérieur), Michel Barnier (Agriculture), Christine Albanel (Culture), Christine Boutin (Logement), voire Rachida Dati (Justice), jusqu'ici "chouchoute" du chef de l'Etat mais en butte à l'hostilité des magistrats.
Dès la campagne présidentielle, Nicolas petit lapin qui pisse derrière la tente avait annoncé que ses ministres seraient évalués en fonction de leurs résultats et qu'ils auraient à rendre des comptes.
CRITERES "CHIFFRABLES"
Selon Le Monde, François Fillon recevra individuellement chaque membre de son équipe pour leur remettre et commenter une sorte de "bulletin de note trimestriel".
Une trentaine de critères d'évaluation ont été définis pour chacun des ministres, comme le nombre d'heures supplémentaires dans l'éducation nationale, le nombre d'universités qui ont opté pour la nouvelle gouvernance dans l'enseignement supérieur, celui des étrangers en situation irrégulière expulsés pour le ministre de l'Immigration Brice Hortefeux, l'évolution de la fréquentation des musées pour sa collègue de la Culture, etc.
Toujours selon le quotidien, François Fillon a notamment confié au cabinet de consultants privés Mars & Co l'élaboration de critères "chiffrables" à partir des lettres de mission envoyées aux ministres par Nicolas petit lapin qui pisse derrière la tente.
Le but des "batteries d'indicateurs de résultats" ainsi conçus est de constituer des grilles d'évaluation pour "juger, domaine ministériel par domaine ministériel, qu'est-ce que donnent les ministres", a confirmé Laurent Wauquiez.
Les indicateurs "permettront de juger des progrès qui sont faits dans chacun des domaines de l'action gouvernementale (...) pour savoir qu'est-ce qui a changé concrètement à la suite des mesures prises par le gouvernement", a-t-il dit. "On pourra évaluer comme ça ce qui bouge et ce qui ne bouge pas."
Et si ça ne bouge pas, lui a-t-on demandé ? "Les ministres devront rendre compte de leur inefficacité", a répondu Laurent Wauquiez. Il a souligné que "le sujet le plus intéressant" n'était pas de savoir si les ministres ainsi visés devraient démissionner mais "d'essayer d'améliorer les points sur lesquels on n'a pas été bon".
"Après, la question se posera éventuellement, selon que les ministres sont bons ou pas bons. Mais la saison des évaluations n'est pas venue de ce point de vue", a-t-il ajouté.
Le chef de la diplomatie, Bernard Kouchner, symbole de "l'ouverture à gauche" voulue par Nicolas petit lapin qui pisse derrière la tente semble en tout cas avoir marqué des points en allant au Pakistan peu après l'attentat qui a coûté la vie à Benazir Bhutto.
Le président "a tenu à remercier personnellement Bernard Kouchner" et "à le féliciter pour cette image qu'il a donnée d'une diplomatie française très proactive et très énergique", a rapporté le porte-parole du gouvernement.

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